Grande Messe

par duanermiles

Bordé d’un Gange reflétant des paysages tropicaux éclairés d’une lumières aux allures turnérienne Rishikesh offre son îlot de calme religieusement vivant. Odeurs de vase omniprésente, ablution de masses.Les singes ricanent, les ascètes orange écarlates mendient dans la plus pure tradition, les peaux nues sont légions dans ce bain géant aux courants mortels.

Le Ganga Aarti, hommage à la rivière nourricière, mêle badauds pieux, pèlerins assidus et moines dévoués claquant tous des mains aux rythmes du chant joyeusement entraînant diffusé sur un fond de symboles et clochettes ivres. Envie d’y croire.La foule naïve imaginent la flamme sauveuse, s’y presse, s’y agglutine.La mélodie s’arrête, les bruits ne s’estompent pas pour autant dans ce retour brusque à la réalité. Place au défilé humain vers les vendeurs odorant. Ambiance presque familiale.Haridwar fera, elle, office de grande messe, d’une non proximité dangereusement convaincante. Vécu allègre d’un possible embrigadement d’une multitude. Le nombre donne le rythme et l’invocation divine facile.

La route vers Varanasi se fait plus lassante, la mousson tape, noie tout sur son passage, sans état d’âme. Les gares servent d’entrepôt insalubre aux flots de vagabonds humains.Trempé la cage à lapin sur rail, 10 sur 3m2, fait office d’hôtel de luxe, le ballotement ferroviaire de berceuse.

Varanasi mystique, embouteillage humain dans un labyrinthe aux couleurs du passé, se reflète sur les presque maisons fadement nuancées relevées par un coucher du soleil symbolique. Vue sans souffle sur cette citée millénaire mouillée par un Gange engageant.Le’Age de Pierre fait son retour, la machine à remonter le temps existe.  Un autre instant défile dans ces venelles étroites obscures et humides.

Ingurgitation du religieux détourné. Montée en puissance, paranoïa trouble, exacerbation des sens. Le gong résonne profondément en révélation, le son aspire, les couleurs se confient, les odeurs dérangent. La cithare illumine et laisse espérer une situation semblable et sans fin. Le contact humain est obsolète, dur, étranger, frôle l’amok social divertissant. La vague s’estompe, la folie fatigue. Le sommeil est lourd.

Les cortèges funéraires bruyamment colorés ponctuent l’écoulement silencieux des minutes nous rappelant à nous même. Les corps de l’Inde brûlent sur le bûcher divin. La majesté de l’âme reste malgré les harcèlements sans scrupules des profiteurs de morts.

           Renaud-Selim

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