Ferveur indienne

par duanermiles

Chaos imperturbablement ordonné, bruits violents et stridents, odeurs épicées ou au goût d’urine, bordel enthousiaste, sale moiteur dérangeante, cris, hurlements, négociations incessantes, fourberies, misère sourde, couleurs prenantes, faste parfumé.

Vue a distance émerveillée et naïve, soudaine accélération, vertiges, vision floue, explosion. Sens pris en otages. Syndrome de Stockholm.

Geste universellement muet de refus au mendiant juvénile, borgne, rongé par la saleté omniprésente, haillons en guise de vêtements, béquille pour deuxième jambe, œil vitreux comme avenir, piécettes pour seul trésor.

Ambiance de décharge municipale.

Tant les âmes que les détritus sont ici laissées pour compte sur les bas côtés. Ni regards larmoyants, ni compassion. Ici la vie doit suivre son cours et il passe par la survie individuelle.

Emotions suscitées par New Delhi au touriste d’abord vierge que j’étais. L’innocence est remplacée par un sentiment d’exaspération et de fatalisme pourtant plein d’espoir.

Séjour mouvementé à Pahar Ganj, quartier malfamé, repaire des routards idéalistes, des hippies 68ards jamais revenus, des démunis survivants, des escrocs aux dents longues, des charlatans souriants, des mendiants estropiés. Plus de 40 voleurs dans cette caverne d’Ali Baba à ciel ouvert. Etoffes, cuirs, nourritures, livres, bijoux, tout est bon à vendre, tout a un prix même si négociable. Propositions douteuses de faveurs sexuelles tarifées, de trafic de pierres.

Deux chiens se rongent en quête de puces, lèchent leurs blessures infestées de mouches et de larves. Un rat passe tout en narguant ses confrères chats de gouttières presque aussi gros  que lui.

Un touriste mystique en quête de réponses existentielles se fait doucement détrousser par d’habiles et légaux procédés.

Séjour harassant et perturbé par les troubles gastriques de rigueurs dans la foisonnante New Delhi.

Direction Srinagar, ville du Kachemir(pas de panique) par les airs, faiblesses physiques obligent.

Nuitées tranquilles sur un house boat, réelle maison flottante.

Vue imprenable sur le lac à l’arrière plan typiquement montagneux de la région. Les gondoles locales promènent touristes indiens et/ou font offices de supermarchés ambulants.

Visites des somptueux jardins moghols. Notre repos est légèrement secoué a l’entente de heurts. « Tout va bien » nous rassure notre hôte, il n’est pas questions d’affrontements intercommunautaires pour une fois dans cette région portant plus allégeance à son voisin musulman qu’à son compatriote hindou.

Voyage rustiquement confortable en bus acheminant tant locaux que touristes en goguette. Bergers ou paysans au regard d’une beauté simple partagent notre calvaire stoïquement.

Leçon de vie. Paysages lunairement désertiques le long de cette magnifique route en bordure de la frontière pakistanaise comme le rappel si souvent et de manière frappante la forte présence militaire indienne.

Vertigineux, chaotique et par endroit dangereux, cols étroits où se croisent de façon chauffardement contrôlée camions, bus et jeep, le chemin fait peur et excite. Le  temps compte dans un pays où le salaire moyen se chiffre à 200fr par mois, soit le quart d’une bonne bouteille de nos nuits genevoises.

12h de trajet pour une escale plus que spartiate a l’odeur de pisse animale  dans Kargil, bourgade idolâtrant en toute part le défunt Ayatollah Khomeiny et le tout aussi illuminé dirigeant iranien actuel. Promiscuité pakistanaise. Les cons crédules aux mauvaises questions et les manipulateurs avisés aux fausses réponses sont partout.

Lever 4h du matin, péniblement accompagné du beuglements grésillant des fous de Dieu, pour une nouvelle et longue journée de bus. Le sommeil me rattrape, mes membres souffrent.

Progressivement le décor change, les habitants prennent désormais des traits plus asiatiques, les lieux de cultes ne sont plus estampillés de calligraphies arabes mais de dorures et de figures d’idoles.

Seules quelques couches de résistance enturbannées et à la barbe drue subsistent. Les mosquées aux prêcheurs, hélas, agressifs sont remplacées par la naïveté des monastères lamaïstes. Le turban devient tête rase, l’habit du musulman refusant l’entrée de ses mosquées aux infidèles (véridique) se transforme en toge orange et rouge.

12h de trajet. Arrivée à Leh, ville Himalayenne a 3100m d’altitude. Refugiés tibétains et occidentaux pour population ne choquent en rien le charme de l’endroit.

Jours plus paisibles à venir je l’espère après ces 10jours passés à une vitesse effrénée ponctués de légers moments de paix.

Aucune plaintes ni regrets, c’est bien la particularité de l’Inde: rythmée et changeante.

Renaud-Selim

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